On l’attendait depuis 19 ans, la suite d’Harry Potter est enfin une réalité. Seule petite surprise c’est une pièce de théâtre pas un livre et, a priori, pas de film envisagé non plus…
Mais, peu importe le format, le monde entier s’est jeté sur la suite des histoires du sorcier balafré. Alors, réussite ou échec ?

La plupart des critiques sont acerbes et sur les réseaux sociaux les avis négatifs pleuvent. De quoi en déduire que ce Harry Potter est un échec artistique (car c’est incontestablement une réussite commerciale) ?

Réussir là où Star Wars 7 a échoué

Hasard des choses, il y a peu de temps, Star Wars, autre grande saga, avait également connu une suite et le moins que l’on puisse dire c’est que l’accueil a, là aussi, été mitigé. Pour cause, Star Wars 7 se révélait être un mélange entre reboot, remake et fan service assez grossier là où on attendait un véritable renouveau de la saga. Si la bande annonce de Rogue One (Spin-off de Star Wars) promet de faire oublier cet échec, il n’en reste pas moins que la difficulté de donner suite à une saga mythique a été prouvée.
Vous nous direz, pourquoi parler de Star Wars ?
Et bien parce que ce Star Wars 7 et Harry Potter 8 ont des points communs indéniables. Il est en effet question pour les deux œuvres de proposer une suite incarnée par une nouvelle génération de héros après une ellipse narrative relativement longue. Les anciens personnages n’apparaissent plus que secondaires et surtout ont pris de l’âge.

De ce point de vu, Harry Potter et l’enfant maudit est une véritable réussite. Les nouveaux protagonistes, Albus Potter et Scorpius Malefoy particulièrement, sont très attachants et surtout différents des personnages de la saga d’origine. Tout l’inverse d’un Star Wars où seul Finn apporte un vent de fraîcheur (Rey étant une version féminine d’Anakin et/ou de Luke, BB8=R2D2, Maze reprend le rôle de Yoda, etc).
Par ailleurs, on ajoutera que les rapports parents/enfants sont infiniment plus convaincants dans l’oeuvre de Rowling que dans celle de Walt Disney. On se délecte page après page du réalisme de la relation complexe qu’entretiennent Harry et son fils Albus.
C’est d’ailleurs peut être là toute la nouveauté de cette huitième aventure.

Moins de magie, plus d’humanisme

Beaucoup ont été déçu, criant ça et là que l’enfant maudit n’est pas un « vrai » Harry Potter. Ceux-là omettent une réalité bien souvent ignorée des critiques : pour faire une suite réussie, il faut se démarquer des précédents opus.
La réussite d’une suite, surtout après 7 livres, passe nécessairement par un renouveau franc et marqué. L’univers magique d’Harry Potter nous le connaissons déjà sous toutes les coutures, quel intérêt y aurait-il eu à nous ressortir les mêmes poncifs ?
Pour éviter la redondance, J.K.Rowling propose donc une oeuvre davantage centrée sur les rapports humains (sorciers certes mais humains quand même).
C’est d’ailleurs tout ce qu’il y a de plus logique, l’histoire a toujours été vue à travers les yeux du candide Harry Potter qui découvrait la magie en même temps que le lecteur. Aujourd’hui Harry est grand et la magie il la connait sur le bout des doigts, moins de surprises donc, pour lui comme pour nous. En revanche ce que Harry découvre c’est comment être un père et un mari, c’est donc là que sera la nouveauté.
Ajoutons que le génie de cette saga a toujours été de faire grandir ses personnages en même temps que vieillissaient les lecteurs (les plus jeunes du moins). Aujourd’hui, 9 après le dernier tome, les lecteurs adolescents de la première heure sont devenus grands, il était donc normal que cette nouvelle aventure leur offre une histoire plus adulte et donc moins féerique.
Toutefois, malgré l’âge, J.K. sait que ses lecteurs ont toujours en eux une part de leur âme d’enfant, de cet âme qui a vibré au rythme des Wingardium Leviosa, des Trolls des montagnes, du Tournoi des trois sorciers et des cours de défense contre les forces du mal. En brillante raconteuse d’histoire, elle n’hésite pas à éveiller en nous la nostalgie des années passées, faire des personnages les plus jeunes de l’oeuvre ses personnages principaux en est un bon moyen.

De la nostalgie sans fan-service [SPOILER INSIDE]

Là aussi Star Wars 7 s’était casé les dents. Comment contenter la nostalgie des fans sans tomber dans ce que l’on appelle le fan-service ? Une bonne suite arrive à multiplier les clins d’œil et surtout à faire renaître l’atmosphère tant aimée tout en évitant les clichés et les lourdes allusions.
Là aussi pari réussi. Tout tournera finalement autour d’un retourneur de temps. Un objet que l’on a déjà connu dans Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban mais qui, dans l’immensité de la saga, apparaissait insignifiant.
Jouer avec le temps est toujours délicat (on vous renvoie d’ailleurs à notre article 5 films sur le voyage dans le temps à voir absolument !) et là aussi ce huitième Harry Potter s’en sort habilement. Un pari risqué donc mais qui nous offre un merveilleux voyage à travers les différentes époques et donc les différents tomes de la saga originelle.
D’ailleurs cette pièce de théâtre elle même est un fabuleux retourneur de temps en ce qu’elle arrive à faire renaître en 341 pages toutes les ambiances que l’on a pu connaitre dans les 7 histoires précédentes.
Les premières pages nous renvoient à la magie des deux premiers tomes, notamment grâce au Poudlard Express, omniprésent. L’usage du retourneur de temps en lui même fait écho à l’intrigue du tome 3 et les voyages effectués nous replonge en plein dans le tome 4 (peut être le meilleur de tous). Par la suite un passage dans une époque contrôlée par Voldemort et où Ombrage est de nouveau directrice de Poudlard et torture les élèves nous rappelle les terribles moments du tome 5. Enfin l’ombre de Voldemort, les nombreuses références à la bataille de Poudlard et le dénouement final nous replonge dans l’atmosphère pesante des deux derniers tomes et du dénouement final de la saga.
[FIN DU SPOILER]

Alors certes ce Harry Potter n’est pas parfait, certes le personnage de l’Augurey est un peu plat, certes cela se termine un peu trop bien (il n’y a pas de mort !) mais tout cela s’efface devant le prodigieux tour de force que réussi J.K Rowling : nous rendre nostalgique tout en créant une oeuvre véritablement nouvelle, refaire du Harry Potter sans refaire la même chose.

 

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